Donald Trump – Le mal aimé du Canada?

L’avenir du Canada avec Donald Trump comme président des États-Unis s’annonce complexe et incertain. Depuis son élection en novembre 2024, le président Trump a adopté une rhétorique et des politiques qui mettent à rude épreuve les relations traditionnellement étroites entre les deux pays.
Lors de son discours au Forum économique mondial de Davos, Trump a réitéré son idée controversée de faire du Canada le 51e État américain, tout en affirmant que les États-Unis pouvaient se passer des produits canadiens. Cette déclaration, faite devant un forum international, marque une escalade significative dans la rhétorique du président américain envers son voisin du Nord.
Trump a notamment déclaré : « Nous n’avons pas besoin d’eux pour produire nos automobiles – et ils en font beaucoup –, nous n’avons pas besoin de leur bois d’oeuvre parce que nous avons notre propre bois, nous n’avons pas besoin de leur pétrole et de leur gaz – nous en avons plus que quiconque. » Cette posture agressive souligne la volonté de Trump d’exercer une « force économique » contre le Canada.
Au cœur de cette stratégie se trouvent les tarifs douaniers. Trump a placé ces mesures au centre de sa politique économique, et il semble peu probable qu’il en démorde. La création d’un « Service des revenus extérieurs » signale clairement son intention d’utiliser les tarifs comme un outil de négociation et de pression.
Bien que le Canada puisse espérer des tarifs ciblés plutôt que généralisés, il est clair que l’administration Trump a l’intention ferme d’imposer ces mesures. Le président a ordonné des enquêtes sur les pratiques commerciales, y compris les déficits commerciaux persistants des États-Unis et les pratiques monétaires jugées injustes.
Il est important de noter que le déficit commercial dont se plaint Trump est principalement dû aux importations de pétrole et de gaz en provenance du Canada. En 2023, le surplus commercial du Canada dans ce secteur s’élevait à 134 milliards de dollars. En fait, si on exclut les produits énergétiques, ce sont les États-Unis qui sont en situation de surplus commercial avec le Canada.
Face à ces défis, le gouvernement canadien doit naviguer avec prudence. Le premier ministre Justin Trudeau a participé à une réunion virtuelle du comité du Cabinet chargé des relations Canada–États-Unis en prévision de l’investiture de Trump. Cette réunion souligne l’importance que le gouvernement accorde à la protection des intérêts canadiens dans ce nouveau contexte.
Les premiers ministres canadiens ont discuté des moyens de protéger les familles, les travailleurs et les employeurs canadiens des conséquences d’éventuels droits de douane américains. Ils reconnaissent que ces mesures causeraient un préjudice économique aux Canadiens comme aux Américains. Le gouvernement canadien poursuit ses efforts pour prévenir l’imposition de ces droits, notamment en renforçant la sécurité à la frontière et en luttant contre la circulation des drogues illicites.
Cependant, la réponse du Canada à ces menaces doit être mesurée. Selon l’ancien premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le Canada ne gagnera jamais une guerre économique ou tarifaire contre les États-Unis. Il serait « mathématiquement impossible » pour le Canada de l’emporter dans un tel conflit.
De plus, Couillard souligne que « Trump 2.0 » est très différent de sa première présidence. Le président s’est entouré de représentants du mouvement MAGA et de multimilliardaires, et semble indifférent aux répercussions de ses mesures sur d’autres pays. Les canaux de communication traditionnels sont moins efficaces, et même les gouverneurs républicains hésitent à s’opposer aux politiques de Trump.
Dans ce contexte, le Canada doit repenser sa stratégie. Christopher Sands, directeur du Wilson Center’s Canada Institute, et Jennifer Welsh, directrice de la Max Bell School of Public Policy de l’Université McGill, suggèrent que le Canada doit examiner de nouveaux outils pour gérer ses relations avec les États-Unis face aux défis à venir.
L’avenir du Canada dans ce nouveau paysage géopolitique dépendra de sa capacité à s’adapter, à diversifier ses partenariats commerciaux et à renforcer sa position sur la scène internationale. Bien que les relations avec les États-Unis restent cruciales, le Canada pourrait être amené à chercher de nouvelles alliances et à renforcer ses liens avec d’autres partenaires économiques pour atténuer sa dépendance envers son voisin du Sud.
En conclusion, l’avenir du Canada sous la présidence de Donald Trump s’annonce comme une période de défis et d’incertitudes. Le pays devra faire preuve de résilience, d’adaptabilité et de diplomatie pour naviguer dans ces eaux tumultueuses, tout en préservant ses intérêts économiques et sa souveraineté. La façon dont le Canada répondra à ces défis façonnera non seulement ses relations futures avec les États-Unis, mais aussi sa place dans l’ordre mondial en évolution.





